Laboratoire Hypertheses
Hyperthèses est le nom de notre laboratoire de recherche, littéralement du « lieu de labeur » où nous travaillons à former, à formuler, à manipuler et expérimenter nos idées afin de nous forger un langage commun et de construire une vision partagée du monde qu'il s'agit ensuite d'exposer aux autres et de discuter.
Nous partageons l'idée – fondatrice de notre épistémologie constructiviste et ainsi de notre pratique de la recherche – que les connaissances scientifiques sont des croyances, des opinions ou encore des points de vue : elles sont des manières de voir, de nommer, d'ordonner et ainsi de faire exister le monde. Pour autant, ce sont des croyances particulières dans la mesure où leur construction est à la fois collective et maîtrisée. Ainsi, telle une architecture dans laquelle on vit, une architecture en grande partie construite par d'autres et que l'on voudrait s'approprier, une architecture que l'on voudrait continuer d'étayer en s'assurant des fondations comme de la cohérence esthétique et fonctionnelle (quitte à engager de grands chantiers de déconstruction), nous travaillons à en expérimenter la forme, le sens et les usages.
Voilà pourquoi nous ne formulons pas, selon une certaine habitude scientifique, des hypothèses – du grec hypo « sous » et thesis « opinion, affirmation » ; de ce qui est en-deçà de l'affirmation et qui (sans doute) manque de conviction constructiviste – mais des hyperthèses : afin d'affirmer exagérément que nos propositions (et autres productions) sont des opinions et qu'à ce titre, elles veulent être discutées.
Nous partageons également un certain goût pour les histoires, les fictions (du latin fictio signifiant « façonner, créer ») parce que, tels des faits scientifiques, celles-ci sont "faites", fabriquées grâce à des manipulations intentionnelles pour raconter le monde selon une fin particulière, et puisque nous nous intéressons spécialement aux manières de faire et de penser des autres (autrement dit à ce qui fait le monde), leurs fictions et la morale qu'elles engagent nous importent.
Bien sûr, pour lire et interpréter ces histoires, il nous faut étudier leur langage, et donc les langages. Nous entendons par là que nous sommes attentifs à tous les signes et systèmes de signes permettant d'engager le dialogue et donc, la compréhension. Ainsi, notre intérêt se porte sur les textes comme sur les images.
Pour déconstruire le partage habituel entre réalité et fiction (accompagnant bien souvent celui entre connaissance et opinion), nous affirmons le caractère fictionnel de nos productions scientifiques. Celles-ci, bien que fondées sur des faits réalisées, sont toujours des interprétations, des sélections, des agencements, des recompositions visant à servir notre argumentation qui, en plus de décrire ce qui est, doit engager une critique et une projection de ce qui pourrait être. En effet, nous ne concevons pas la recherche scientifique comme une accumulation progressive de connaissances mais comme un travail visant une transformation projective du monde. D'où notre choix de dénomination qui, métaphoriquement – du grec metaphora signifiant « transport » puis « transposition de sens » – dit notre envie d'imaginer le monde autrement, en nous rendant (au moins un peu) étranges aux yeux de ses habitants et à certaines de leurs habitudes.
Hyperthèses est un laboratoire fictif. En suivant notre conception de la fiction (esquissée quelques lignes plus tôt et exposée plus amplement ailleurs, par exemple dans Langagement), l'on pourrait dire que ce laboratoire n'existe pas comme une institution scientifique habituelle – ce qui ne le rend pas moins effectif et organisé... ni moins scientifique bien sûr.
Son existence en tant qu'établissement de recherche scientifique dépend d'abord de notre volonté de le définir et de le présenter comme tel, mais aussi des travaux que nous signons en nous y rattachant et à travers lesquels nous argumentons et/ou mettons en pratique notre conception de la science (une conception qui pourrait d'ailleurs disqualifier de nombreuses recherches normalement considérées ou instituées comme scientifiques).
Et puisque notre définition de la science engage nécessairement de construire (dans la complicité comme dans la confrontation) avec ceux qui prétendent également faire science, nous travaillons à exposer notre travail et discuter de celui des autres selon certaines pratiques habituelles que nous trouvons intéressantes et constructives : publications écrites, interventions orales, organisation de journées d'étude, enseignements universitaires, etc.
Ces travaux sont à retrouver dans l'espace intitulé Détournements universitaires !
Notre æquipe de recherche se compose de singuliers chercheurs que l'on pourrait également qualifier d'arpenteurs, puisque, chacun muni de ses intérêts et instruments de mesure singuliers, nous allons "sur le terrain" (comprenez sur terre... puisque ce sont ses habitants et leurs habitudes qui nous intéressent) pour suivre les cheminements intellectuels de ceux qui sillonnent les voies/voix habituelles et de ceux plus délirants (puisque délirer, du latin delirare, c'est littéralement « sortir du sillon », avancer en dehors du chemin tout tracé ou des sentiers battus, ce qui, pour des métaphoriciens comme nous, n'est pas sans intérêt... quand bien même les impasses sont fréquentes) afin de les évaluer – en dehors de la mesure scientifique habituelle consistant à modérer voire neutraliser le jugement – et de faire part de nos idées aux autres.
Et puisque nos mesures sont singulières (à l'instar de l'arpent), nos disciplines – l'éristique et la sociologie dramaturgique notamment – le sont tout autant ! Ce qui ne nous empêche pas de nous réapproprier ponctuellement celles des autres afin de donner à comprendre l'intérêt de ces variations.
Finalement... la recherche hyperthétique n'a pas d'autre finalité que celle de nous aider à penser (à la fois personnellement et collectivement) et ainsi, à réaliser le monde autrement.